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Contes et légendes

Les pattes de vautour

Les pattes de vautour - illustration 1
Un père et une mère avaient cinq enfants. Quatre garçons et une fille, la benjamine, qui était la préférée de tous. Un jour, la mère se rendit avec la petite fille dans la montagne pour y chercher une belle chèvre aux poils noirs qui s'était égarée. « Je suis sûre qu'elle est allée sur le pré au bord du ravin. L'herbe y est très tendre, dit la mère à sa fille. Je vais aller la chercher. Attends-moi ici, car je ne voudrais pas que tu tombes dans le ravin. » La petite fille approuva. De toute façon, elle avait déjà mal aux jambes et n'avait aucune envie de monter la pente abrupte. La mère fit un nœud à son mouchoir et dit : « Tiens ! Voilà une poupée, joue avec elle et attends-moi ! »
La petite fille était tellement absorbée par le jeu qu'elle ne vit pas le temps passer. Soudain, un lourd nuage noir voguant dans le ciel comme un immense bateau s'arrêta au-dessus de sa tête. Capusa, un fantôme au grand pouvoir, en descendit. Ce spectre pouvait revêtir n'importe quelle forme : une pierre, un animal, ou même un être humain. La seule chose qui le trahissait alors était les pattes qu'il avait à la place des jambes. Il ne pouvait pas les changer. Elles étaient semblables à celles d'un vautour, avec de la peau pendante et de grandes griffes acérées. « Depuis longtemps, j'ai envie d'une petite fille exactement comme celle-ci, se dit Capusa en voyant la gamine. Elle me tiendra compagnie dans ma maison. » Et, aussitôt, il prit l'aspect de la mère de la fillette.
Celle-ci se réjouit de revoir sa maman, car elle commençait à avoir faim. Elle ne se doutait pas que la personne à qui elle tendait la main n'était pas sa mère, car les pattes de vautour de Capusa étaient dissimulées sous sa longue jupe. « Viens avec moi, dit-il, je t'emmènerai dans un endroit où tu n'es encore jamais allée. Nous y vivrons ensemble et nous y serons bien. » Il fit un signe de la main et la Terre s'ouvrit devant eux. Un grand couloir les mena jusqu'à la maison de Capusa, où ils disparurent. Ayant retrouvé sa chèvre, la véritable mère chercha en vain sa petite fille. Pas une trace ! Elle courut chercher son mari et ses fils pour qu'ils l'aident à la retrouver. Peine perdue. Persuadés que la petite fille était tombée dans le ravin, ils la pleurèrent comme si elle était morte et firent célébrer une messe. La maison parut soudain bien vide sans les babillages de la petite fille. Mais le temps passa, les larmes des parents et des frères séchèrent petit à petit et, à la fin de l'année, ils en avaient presque fait le deuil.
Un jour, le père partit dans la montagne avec ses fils pour chasser la perdrix. La chance ne leur avait pas vraiment souri, mais ils purent tout de même accrocher quelques oiseaux à leur ceinture. Fatigués après une longue marche, ils s'assirent dans un pré pour se reposer. Les garçons s'assoupirent mais leur père resta éveillé. Soudain, il vit une pierre bouger, puis basculer. Une route apparut alors et sur celle-ci marchait une petite fille. « Dieu miséricordieux ! C'est ma fille ! » se dit le père. Il était près de l'appeler, lorsqu'il se ravisa, persuadé qu'il devait y avoir quelque magie là-dessous.
La petite fille agissait comme si elle ne voyait ni son père ni ses frères. Elle s'assit dans l'herbe et se mit à jouer avec la poupée confectionnée par sa maman et avec des cailloux. Quelques instants plus tard, une voix venue des profondeurs de la Terre se fit entendre : « Rentre à la maison, ma petite fille, le déjeuner est servi ! » Quand il l'entendit, l'homme fit rapidement un signe de croix, car il avait reconnu la voix de sa femme ! La petite fille prit alors ses jouets et rentra sous terre. La pierre se remit aussitôt en place et tout redevint comme avant. Le père réveilla alors ses fils, leur raconta tout ce qu'il avait vu et leur dit : « Demain, à midi, nous reviendrons ici et si votre sœur réapparaît, nous l'attraperons et l'emporterons à la maison ! » Ils décidèrent de ne rien dire à leur retour, pour le moment, afin que la mère ne se désespère pas si, par malheur, ils n'arrivaient pas à arracher l'enfant au pouvoir maléfique. Le lendemain, ils se rendirent à nouveau dans le pré, se cachèrent derrière les pierres et attendirent. Soudain, l'une des pierres bougea, puis bascula, laissant apparaître un chemin. La petite fille s'installa et se mit à jouer avec sa poupée et ses cailloux. Le père et les frères s'approchèrent d'elle sans faire de bruit et l'attrapèrent par les bras et par les jambes. La petite fille se mit à crier et à appeler comme si on l'écorchait vive, car elle n'avait reconnu ni ses frères ni son père : « Maman, maman ! Viens à mon secours ! » Capusa sortit des entrailles de la Terre sous l'aspect de sa vraie mère. La ressemblance était telle que l'homme en resta comme pétrifié. « Que fais-tu là ? » laissa-t-il échapper. Il faillit lâcher sa petite fille, quand le vent, qui se mit à souffler, souleva la jupe de la femme. Apercevant les pattes de vautour de Capusa, ils comprirent tous alors à qui ils avaient affaire. « Sainte Vierge, protège-nous ! » s'écria le père en faisant un signe de croix. Ses fils firent de même et le fantôme perdit aussitôt son pouvoir. Il resta près de la pierre incapable de prononcer un mot. Le père prit la petite fille dans ses bras et se mit à courir en dévalant la pente. Mais la petite fille ne cessait pas de pleurer et continuait à répéter : « Maman, maman ! Viens à mon secours ! » Ils pensèrent que, dès qu'elle verrait sa vraie mère, la maison, le jardin, la petite fille retrouverait la mémoire. Mais elle était ensorcelée et ne reconnaissait rien de ce qui avait bercé son enfance.
En vain, sa mère la serrait dans ses bras, lui chantait des berceuses et coiffait ses cheveux. La petite fille ne faisait que pleurer et appeler sa mère. Elle ne voulait même pas manger et ne buvait que de l'eau. Aussi, elle s'affaiblissait de jour en jour. Son père décida alors d'aller voir une guérisseuse des corps et des âmes. La route fut très longue et la vieille femme demanda beaucoup d'argent pour louer ses services, mais qu'est-ce que des parents ne feraient pas pour sauver leur enfant d'une malédiction ? Le père accepta et porta la guérisseuse sur son dos afin d'être, au plus vite, de retour à la maison. Quand elle vit la petite fille couchée sur son lit, presque sans âme, la guérisseuse comprit aussitôt ce qui s'était passé. « Votre fille a été ensorcelée par Capusa. Dans son corps se trouve une ombre noire qui voile tous ses souvenirs. C'est pourquoi elle ne se rappelle pas son passé. Apportez-moi deux épis de maïs, je vais essayer de vous aider. »
Ils lui apportèrent ce qu'elle avait demandé et la femme commença à frotter le corps de la petite fille avec les épis de maïs tout en récitant des prières. Petit à petit, les grains jaunes des épis devenaient noirs. C'était l'ombre qui sortait du corps de la petite fille. Quand la dernière graine eut noirci, la petite fille ouvrit les yeux et s'écria : « Maman ! Papa ! J'ai fait un drôle de rêve ! » Tous se réjouirent de sa guérison et du fait qu'elle ne se souvenait plus de Capusa. La guérisseuse ordonna ensuite de faire brûler les épis noircis dans la cheminée, pour que le mauvais esprit soit définitivement chassé. Depuis lors, toute la famille vit heureuse. Et, comme ils racontent leur histoire à toutes les personnes qu'ils croisent sur leur chemin, les enfants apprennent ce qu'il faut faire chaque fois qu'un inconnu les interpelle. Ils doivent baisser la tête et regarder attentivement les jambes de la personne, car Capusa, ne pouvant pas les transformer, est ainsi trahi à chaque fois qu'il veut s'emparer d'un enfant.
Source : Collectif, Contes des Amériques, ill. Pascal Goudet, rue des enfants
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