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Contes et légendes

Le cruel empereur ou la femme fidèle

La famille Meng planta un jour une courge le long du mur de son jardin. La floraison fut magnifique et d'une fleur naquit un fruit exceptionnellement gros. Lorsqu'il arriva à maturité, d'un joli jaune d'or, la famille Meng décida de le cueillir. Mais en coupant le fruit, quelle ne fut pas la surprise des Meng de trouver en son cœur une adorable petite fille. Ils décidèrent de l'élever et la baptisèrent du nom de Djang.
Les Meng vivaient sous le règne de l'empereur Shihuang, célèbre pour son injustice et sa cruauté. Craignant les Huns qui ne lui laissaient pas de répit et las de leurs invasions incessantes, l'empereur décida de construire un mur le long de la frontière nord de la Chine. Hélas ! les architectes n'étaient guère brillants et à peine avait-on terminé une partie du mur qu'une autre s'écroulait. Les années passaient et le mur n'était toujours pas terminé.
Un jour, un sage du royaume vint trouver l'empereur et après s'être incliné respectueusement devant lui, il dit : « Sire, on ne peut construire un mur devant s'étendre sur dix mille lieues de longueur sauf si dans chaque bloc d'une lieue on enferme un homme. L'esprit de l'homme veillera alors sur ce bloc et le mur deviendra indestructible. »
L'empereur, qui ne se souciait guère de son peuple, trouva l'idée excellente et décida de la mettre en œuvre immédiatement. Dans chaque région, chaque ville, chaque maison, ce fut l'horreur. Des hommes, des jeunes filles, des garçonnets furent saisis et emmurés vivants.
Un autre sage du royaume vint trouver l'empereur et après s'être incliné respectueusement devant lui, il dit : « Sire, votre façon d'utiliser le peuple pour édifier votre mur terrifie le pays tout entier. Il se pourrait qu'il se révolte avant même que le mur ne soit terminé. Mais j'ai peut-être la solution. Un homme nommé Wan demeure non loin du palais. Or, vous n'êtes pas sans savoir que Wan signifie « dix mille ». Si vous prenez cet homme, il suffira à lui seul pour les dix mille lieues puisque Wan — dix mille — est son nom. »
L'empereur se réjouit de cette sage parole et ordonna d'aller chercher ce Wan et de le conduire au mur. Prévenu par des amis, le jeune homme prit la fuite. Après avoir couru fort longtemps, il finit par se réfugier dans un jardin où les grandes feuilles d'un bananier paraissaient une cachette idéale. Or, ce jardin n'était autre que celui des Meng. Un soir, alors que la lune était pleine, la belle Djang, devenue une superbe jeune femme, descendit dans le jardin. Wan l'aperçut et aussitôt, il en tomba éperdument amoureux. Il descendit de sa cachette et lui demanda de devenir sa femme. Djang accepta et ils se marièrent dès le lendemain.
Ils étaient en train de célébrer joyeusement leurs noces lorsque les soldats de l'empereur firent irruption dans le jardin et s'emparèrent de Wan qu'ils emmenèrent près du mur. Restée seule, Djang Meng était profondément malheureuse. Même si son union avait été de très courte durée, elle pensait à son époux avec nostalgie et sentait au fond de son cœur un amour sincère, véritable et immense.
Désespérée, elle décida de partir à la recherche du corps de son mari. Elle affronta les éléments : la pluie, la neige, les brûlures du soleil. Elle traversa les plaines et les montagnes, les fleuves et les lacs et parvint au prix de grandes souffrances et de fatigues au pied du mur. Devant un édifice aussi immense, elle se demandait comment retrouver les restes de son bien-aimé. Découragée, elle s'assit sur une pierre et se mit à pleurer. Le mur, ému par tant de chagrin, s'écroula, laissant apparaître les os de Wan.
L'empereur ne fut pas long à apprendre l'histoire de la femme qui avait cherché son époux par monts et par vaux ainsi que l'effrondrement de son mur. Intrigué, il vint en personne voir Djang, et éperdu d'admiration devant sa beauté, il lui demanda de devenir impératrice.
Djang savait qu'elle ne pouvait résister à la volonté de l'empereur. Elle posa diverses conditions pour cette union : une fête des morts de quarante-neuf jours devait être célébrée à la mémoire de son époux ; l'empereur et tous les sujets de la cour devaient prendre part aux funérailles, une terrasse devait être construite sur les rives du fleuve, car Djang souhaitait pouvoir offrir des sacrifices aux morts en souvenir de son époux défunt. L'empereur accéda à toutes ses demandes tant il était désireux qu'elle devienne son épouse.
Lorsque la terrasse fut prête, Djang y monta et, à la stupéfaction de tous, maudit à haute voix l'empereur Shihuang d'avoir été si cruel et si injuste. L'empereur contint sa colère et ne dit rien. Les sujets qui entendaient ces paroles étaient sidérés, mais au fond d'eux ils approuvaient les propos de la jeune femme. Lorsqu'elle eut terminé sa tirade, Djang plongea du haut de la terrasse dans le fleuve. L'empereur entra alors dans une terrible colère, ordonnant à ses soldats de repêcher son corps et de le couper en petits morceaux. Les soldats s'exécutèrent immédiatement mais tous les morceaux se transformèrent en poissons d'or et c'est à travers eux que l'âme de la fidèle Djang continue à vivre pour toujours.
Le cruel empereur ou la femme fidèle - illustration 1
Source : Collectif, Contes d'Asie, ill. Marie de Mortillet, rue des enfants
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