X
Se connecter
No hint
Créer un compte
un partenariat rue des écoles Maif
X
Tape le titre d'une histoire
Contes et légendes

La Mounou de la Falêmé

Il y a dans une province du Sénégal un village qui s'appelle Dêbou. Près de ce village, passe la rivière Falêmé. On y trouve une fosse d'un kilomètre de long. Aucun bateau ne peut passer à cet endroit, même les petites pirogues, car les génies des eaux les brisent toutes. Quant à y puiser de l'eau, il ne faut pas y songer non plus !
Les génies des eaux de cet endroit sont appelés « mounous ». Ils ont, à peu de chose près, l'aspect d'êtres humains. Ils sont de différentes couleurs : noirs, rouges ou bien encore jaunes ou verts. Hommes et femmes portent des cheveux longs. Aux mains ils n'ont pas de pouces.
À côté de la fosse, se trouve un champ appartenant à Oumar Fâno, un villageois de Dêbou. Toutes les nuits, les génies y venaient voler du mil. Le propriétaire du champ, ne pouvant le supporter plus longtemps, se promit d'éclaircir le mystère de ces vols.
Il creusa un trou dans la terre puis le recouvrit de paille de façon à ce qu'on ne le vît pas. Le soir venu, il alla s'étendre dans cette cachette et attendit patiemment. Vers minuit, les mounous sortirent en quantité de l'eau et commencèrent à récolter le mil.
Quand Oumar s'aperçut que les pillards ressemblaient à des êtres humains, il mit son fusil de côté, résolu à ne pas tirer sur eux. Mais profitant de ce qu'une des jeunes filles de la bande passait à portée de sa main, il l'empoigna par le pied et la retint malgré ses cris. Les autres mounous s'enfuirent et sautèrent dans l'eau précipitamment. Oumar emmena sa prisonnière chez lui et la prit pour femme. Elle travaillait avec courage et faisait tout ce qu'il lui commandait. Mais elle ne parlait à personne, pas même à son mari. À la maison, elle ne mangeait ni ne buvait. Elle attendit bientôt un bébé.
La Mounou de la Falêmé - illustration 1
À cette époque, un voisin s'en vint trouver Oumar Fâno : « Comment ! lui dit-il, tu gardes près de toi une femme qui ne parle pas, ne boit pas, ne mange pas. À ta place, je la ramènerais où je l'ai trouvée.
—Ainsi ferai-je dès demain ! », déclara Oumar, vexé par ces propos.
Le lendemain soir en effet, il mena la mounou au bord de la rivière Falêmé : « Montre-moi de quel endroit de la rivière tu es sortie. » Elle lui désigna du doigt une place dans le fleuve. Alors, Oumar lui prit la main ; ils entrèrent ensemble dans l'eau et, dès qu'il en eut jusqu'aux genoux, il lui dit : « Retourne-t'en à l'endroit d'où tu viens ! »
La mounou continua d'avancer lentement jusqu'à ce que l'eau lui vînt à la poitrine. Alors, se tournant vers Oumar, elle lui répondi : « Tu n'as pas de chance !
—Pourquoi cela ?
—Tu m'as gardée deux ans chez toi et pendant ce temps j'ai été ta femme. Et puis tu t'es fâché contre moi. Tu dois cependant bien te douter que, si je suis restée aussi longtemps près de toi, c'est parce que cela ne me déplaisait pas. Maintenant j'ai un enfant de toi et voici que tu m'abandonnes. Si tu m'avais gardée jusqu'à la naissance de cet enfant, alors j'aurais commencé à parler avec toi et je t'aurais appris beaucoup de choses. À présent, tout est fini car tu es trop impatient. Adieu ! »
Elle disparut dans l'eau.
Oumar Fâno rentra dans sa case, plein de remords. Jamais plus il ne revit celle avec qui il avait vécu heureux.
Source : Collectif, Contes Africains, ill. Grégoire Vallancien, rue des enfants
Partager
Partager sur Tweeter