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Albums et histoires

Les idées bleues de Jojo

Les idées bleues de Jojo - illustration 1
À sept ans, Jojo se portait plutôt bien.
Il mangeait bien, dormait bien, jouait bien, cassait bien.
Jusqu'au jour où, en fouillant dans le réfrigérateur en quête d'un goûter supplémentaire, il s'aperçut que là-dedans rien n'était bleu.
C'est vrai ça : il y a le rouge des tomates, le jaune des œufs, le vert des épinards, le marron du chocolat…
Les steaks bleus sont rouges…
La menthe bleue est blanche…
Le bleu de Bresse est verdâtre… mais jamais BLEU !
Les idées bleues de Jojo - illustration 2
Le soir, Jojo demanda à manger quelque chose de bleu.
« De bleu ? Mais ça n'existe pas ! »
« Je veux du bleu, du bleu comme du bleu de ciel ! »
Sa mère, Madame Jojo, essaya tout : les cuisses de schtroumpfs, la confiture de myosotis, de bleuets… ce n'était jamais vraiment BLEU.
Il devint si maigre qu'il faisait pitié et eut même des ennuis pour avoir goûté du bleu de l'uniforme, de l'encre bleue « des mers du Sud » et du bleu de chasse d'eau.
Inquiets, ses parents consultèrent les médecins.
L'un d'eux suggéra des lunettes bleues.
Mais rien n'avait goût de bleu à cause de ça…
Un spécialiste des idées bleues leur conseilla de lui faire une PEUR BLEUE.
Peut-être tout redeviendrait-il normal après ça ?
Mais Jojo n'avait pas peur. Ni des grimaces, ni des affreux films interdits aux petits.
Même dans la cave, il n'avait pas peur.
Les idées bleues de Jojo - illustration 3
On alla jusqu'à lui payer le train fantôme.
Les squelettes en carton et les hiboux phosphorescents ne l'inquiétèrent guère.
Mais soudain, tout près, il vit deux grands yeux très bleus, si bleus qu'il eut envie d'y plonger, de s'y noyer.
C'était les yeux de la petite fille assise avec lui dans le wagonnet de la peur.
Il lui expliqua son problème : manger du bleu, est-ce possible ?
Elle lui proposa ses yeux.
Lui les aimait trop déjà pour les manger, et pour la remercier lui embrassa le nez.
Ils se voient tous les jours maintenant et il a sa part de bleu.
Du bleu qui réchauffe, pas du bleu qui se mange !
Car le bleu ne se mange pas, ça se regarde, c'est comme la tour Eiffel, juste pour faire beau.
Et si on aime vraiment ça, on n'a qu'à repeindre tout en bleu en se racontant des histoires comme celle-ci, un peu fleur bleue.
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